Beauté terrifiante: El Mina


Lors de mon au Ghana dans le cadre d’un Symposium dans la capitale, Accra, j’ai eu l’occasion de visiter certains endroit le long de la côte.

Je vous propose ici une visite virtuelle du château d’El Mina que j’ai eu la chance de visiter pendant ce périple au Ghana. Un endroit d’une beauté sans pareil, grandiose. Un endroit qui a aussi été le théâtre des plus grandes atrocités que les hommes aient perpétrées sur cette terre.  Peut-être est-il, encore aujourd’hui, difficile d’ignorer les marques laissés par ces actions des européens sur les sociétés africaines? C’est le regard droit devant que les peuples doivent affronté l’avenir, mais le passé ne doit pas être écarté ou renié pour autant.

Vu du balcon avec l'océan derrière.

El Mina a été construit par le Portugal en 1482 par São Jorge da Mina . Le château est situé sur une péninsule qui s’avance dans l’océan (golfe de Guinée). Les points de vues sont spectaculaires. Il s’agit du premier poste de traite construit aux abords du Golfe de Guinée.

Une autre vue du balcon supérieur.

Le château El Mina est le plus vieux bâtiment européenne existant au sud du Sahara. D’abord établi comme un poste de traite, le château est devenu plus tard l’un des points les plus importants sur la route de la traite d’esclaves via l’atlantique. Les Néerlandais ont saisi le fort  en 1637. La traite des esclaves s’est poursuivi sous le règne des néerlandais jusqu’en 1814; en 1871, le fort est devenue une possession britannique.

Vue du balcon avec la ville d'El Mina à gauche.

En 1957,  la colonie anglaise obtenait l’indépendance, le Ghana était né et le contrôle du château passait aux autorités locales. Aujourd’hui, le château est reconnu par l’UNESCO comme site du patrimoine mondial.

La cours intérieure.

UNE VISITE À L’INTÉRIEURE DES MURS

La cours des femmes

La cours intérieure secondaire où étaient détenues les femmes.

Ici, on détenaient les femmes avant leur déportation. La trappe au centre constituait leur seule et unique source d’eau pour  s’abreuver. Du haut de cette tribune où nous nous trouvons, le gouverneur pouvait admirer les centaines et centaines de femmes entassées dans cette cours intérieure. C’est de cette tribune aussi qu’il choisissait, à l’occasion, la femme avec laquelle il allait passer la nuit. Elle était alors descendue dans la trappe pour qu’elle puisse se laver.

La trappe d'où les femmes s'abreuvaient et où on baignait la femme choisit par le gouverneur.

C'est ici qu'on enchainait à un boulet les détenues dont le comportement avait causé problème. Tous les détenu(e)s étaient enchaîné(e)s deux à deux en tout temps.

Les cellules

"La chambre de la mort": une pièce où on enfermait, jusqu'à ce que mort s'en suive, les individus qui avaient tenté de fuir.

Le dernier passage

"The door of no return": il s'agissait de la porte que les détenus franchissaient avant leur déportation. Une fois franchie, il n'y avait plus de retour en arrière.

Il s’agit de la dernière porte que les détenus franchissaient avant de quitter définitivement le continent africain, laissant derrière eux tout ce qu’ils avaient, incluant la liberté.

Porte sur une avenir sans liberté.

Diagramme d'un bâteau faisant le commerce d'esclaves. L'espace était utilisé à son maximum.

C’est par cette ouverture que les esclaves quittaient le château pour se faire emmener dans les bateaux ancrés dans la baie.

Ces bateaux allaient les amener dans les différentes colonies du nouveau monde (Antilles, Amérique, etc.). Il y a encore des débats autour du nombre total d’africains qui ont ainsi été "exportés" vers les colonies. Les nombres des différentes estimations varient entre 10 et 68 millions. On présume que le taux de mortalité au cours de la traversée oscillait entre 15 à 30% . C’est donc dire que des millions d’hommes, femmes et enfants sont morts dans ces conditions indécentes.

Pour la mémoire et la suite du monde

Une plaque pour la mémoire des événements survenus à El Mina. Voir le détail du texte ici-bas.

In everlasting memory /Of the anguish of our ancestors / May those who died rest in peace / May those who return find their roots / May humanity never again perpetrate / Such Injustice again humanity / We the living vow to uphold this

(Traduction libre)

À la mémoire éternelle / De l’angoisse de nos ancêtres / Que ceux qui sont morts reposent en paix / Que ceux qui retournent trouvent leurs racines / Puisse l’humanité envers l’humanité / Ne plus jamais commettre une telle injustice  / Nous les vivants qui s’y engageons

El Mina aujourd’hui

Le Ghana est, aujourd’hui, un pays au développement exemplaire. Le système démocratique fonctionne bien et l’économie prend de l’ampleur grâce au travail de ces habitants. Les ghanéens sont fiers de leur pays. El Mina est charmant village de pêcheurs qui grouille de vie.

Des habitants d'El Mina se préparent pour la pêche.

Vue d'un bateau de pêche avec le château El Mina à l'arrière.

Un dernier regard sur le château El Mina... et sur l'avenir.

Ce château est à la fois superbe et terrifiant. Au-delà de sa beauté il témoigne des horreurs dont nous sommes capables en tant qu’humanité. Aujourd’hui, c’est une nouvelle génération de ghanéens qui joue au foot (voir le but de soccer dans la photo) au pied de ce qui était autrefois le symbole de l’oppression et de l’asservissement de l’homme par l’homme.

À propos de blefrancois

Je suis agent de programme africain pour l'organisme Ingénieurs Sans Frontières Canada (ISF-Canada). Je suis membre de l'équipe du Burkina Faso et participe au programme entrepreneuriat agricole.
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4 réponses à Beauté terrifiante: El Mina

  1. Ginette et André dit :

    comme c est triste cette histoire.

  2. Ping : Development Digest – 28/04/11 « What am I doing here?

  3. nicoleblouin dit :

    Je comprends mieux à quel point ces pays ont besoin d’aide et de support, quel passé lourd et triste. Maman, avec affection.

  4. nicostella dit :

    Photos et réflexions qui vont droit au coeur, à l’âme.

    "I, the man of color, want only this: That the tool never possess the man. That the enslavement of man by man cease forever. That is, of one by another. That it be possible for me to discover and to love man, wherever he may be."
    — Frantz Fanon (Black Skin, White Masks)

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