Au sénégalais…


On m'a dit que le potentiel de culture du riz au Burkina était très grand.

À Ouagadougou, les restaurants qu’on dit sénégalais sont mes favoris. Ils servent riz gras, riz sauce (arachide, Yassa, etc.) et autres mets savoureux. J’avais remarqué l’autre jour que les riz qu’on me servait au sénégalais étaient constitués de grains plutôt petits et de forme bizarres. Je croyais qu’il s’agissait d’un type de riz spécial, typique de la côté, du Sénégal quoi! Et bien non… et c’est là que l’apprentissage commence.

Au Sénégal, comme dans bien des endroits en Afrique de l’ouest, on a dû avoir recours à des programmes alimentaires pour subvenir aux besoins vitaux de la population. Le riz a souvent été utilisé comme denrée de base dans ces programmes de support aux populations en état d’insécurité alimentaire. (Je le dis froidement… mais peut-on imaginer vivre dans des conditions telles que l’accès à suffisamment de calories pour maintenir la vie n’est pas assuré?) Le riz a longtemps été importé de l’étranger. C’est déjà un problème. Mais ce n’est pas tout. Évidemment, pour minimiser les coûts, il a été décidé d’utiliser les matières résiduelles de la transformation du riz dans les grandes industries: les grains de riz cassés et qui sont écartés de la vente au détail. Les sacs de riz qui sont arrivés au Sénégal pendant nombre d’année étaient donc remplis des retailles de grains de riz.

Le problème c’est qu’à la longue les Sénégalais ce sont habitués à ce type de riz et c’est maintenant ce qu’il demandent. Alors que l’immense potentiel de production du riz pourrait être utilisé pour dynamiser le secteur agricole, il stagne parce qu’il n’y pas de machine à produire du riz cassé et que le marché est, de toute façon, inondé par ce riz dont personne ne veut ailleurs.

C’est la même chose ici au Burkina. On ne mange que du riz cassé ou du riz thaïlandais. Plus cher, mais bien meilleur que le riz burkinabè non?

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4 commentaires pour Au sénégalais…

  1. Menel Benzaid dit :

    Je lisais ton article et ça m’a fait penser à un fait plutôt amusant que j’ai appris cette semaine. Le riz comme bien des choses en Afrique n’est pas la nourriture traditionnelle. En fait, les français ont été les premiers à l’importer au début du 19ième siècle. Ils ont demandé à leurs colonies de désherber et de planter le riz.

    Menel

  2. Agathe Bernard dit :

    Allo Bernard!

    Tes textes sont magnifiques et vraiment tres touchant! Je suis contente de voir qu il y a des gens comme toi avec un immense coeur qui donnent de leur temps et savoir faire aux peuples moins fortunes… Bon courage a travers cettes aventure!

    Bravo! Agathe

  3. blefrancois dit :

    Voici un extrait intéressant d’une « news letter » obtenu d’une organisation burkinabèe:

    « Enfin, nous pouvons aussi nous réjouir de la production record du riz de cette campagne : 270 658 tonnes. Il s’agit là, du riz irrigué (avec deux récoltes par an) et du riz pluvial (donc une récolte, en novembre-décembre). L’évolution de la production de riz irrigué est fortement tributaire de la politique nationale. Je n’ai malheureusement pas les statistique du seul riz irrigué. Mais on peut noter qu’en 1996, la production totale de riz (donc irrigué et pluvial) était déjà de 111 807 tonnes. Mais cette année a vu la privatisation de la SONACOR (Société Nationale de Commercialisation du Riz) qui achetait le riz aux producteurs à un prix rémunérateur dès la fin de la récolte. Ce qui permettait aux producteurs des plaines irrigués de préparer sans tarder la deuxième culture. Avec la suppression de la SONACOR et l’importation massive de vieux riz asiatiques (parfois de dix ans d’âge) à prix cassé, les producteurs des plaines irrigués ont vu leurs revenus s’effondrer. Beaucoup ont abandonné (jusqu’à aujourd’hui) la production de riz pour se tourner vers le maraichage. La production nationale de riz s’est effondré également. Parfois fortement, comme en l’an 2000 (66 395 tonnes) et 2007 (68 916).

    Il a fallu la crise alimentaire de 2007-2008 pour que le gouvernement et les commerçants s’intéressent enfin à la production locale. En 2004, les commerçants proposaient 85 FCFA pour un kilo de riz paddy ! Aujourd’hui ils en proposent au moins 150FCFA ! Parfois 170 FCFA ! Le double. Aussi, depuis 2008, la production de riz s’accroît de 12% par an. Deux fois plus vite que la population urbaine. Si le marché mondial ne s’effondre pas et si le gouvernement continue d’appuyer la production du riz (irrigué et pluvial), on peut penser que cette croissance au taux de 12% se poursuivra.

    Si la CEDEAO (Communauté Economique Des Etats de l’Afrique de l’Ouest) se décide enfin à taxer le riz à 35% à l’importation, cette croissance pourrait être encore plus forte, et en quelques années le Burkina et l’ensemble de l’Afrique de l’Ouest pourrait être auto-suffisant en riz. »

    Ça fait réfléchir non? Est-ce que le contexte de libération des marchés aident vraiment tout le monde? Je n’en suis pas convaincu. Les barrières tarifaires ne peuvent-elles pas être être justifiés par le fait qu’elles permettent au pays de maintenir un secteur essentiel de son économie? Dans le cas de l’affirmative, le secteur agricole est certainement un secteur essentiel d’une économie comme celle du Burkina.

    BL

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