Sankara de Yako


Notre personnalité, nos humeurs, nos expériences passées, etc. Tout ça conditionne notre manière d’entrer en contact et de comprendre le monde dans lequel nous vivons. Je n’apprends à personne que nous vivons dans une réalité basée sur la perception des choses qui nous entourent.

C’est par précaution que j’ai tenu à débuter ce billet sur le concept de perception. Je vais évidemment parler beaucoup de l’Afrique (du Burkina Faso devrais-je dire!) dans ce blog. Le but avoué est de partager avec vous l’évolution ma perception de l’Afrique. Je vous invite aussi à me mettre au défi et à bousculer ma façon de penser. Ce sont les échanges et les dialogues qui peuvent nous permettre de mieux comprendre le monde qui nous entoure.

L’avis étant donné, passons donc aux choses sérieuses! 😉

Voici donc le court récit d’une rencontre survenu un peu avant mon départ et qui incluait une bonne dose de perception.

Conférence nationale d’Ingénieurs Sans Frontières (ISF)-Canada 2011, en janvier à Toronto.  Cette année, l’organisation a invité plusieurs délégués africains, dont certains du Burkina. J’étais évidemment très enthousiaste à l’idée de les rencontrer avant mon départ en mars prochain. Préalablement à la conférence, quelques-uns d’entre nous avons pu participer à des ateliers de formation. En compagnie des délégués africains, nous avons discuté de sujets variés. Dans le groupe de burkinabès, je me suis vite lié avec les plus extravertis. La plupart d’entre eux n’hésitaient pas à partager leur point de vue. Dans le groupe, je savais qu’il y avait des gens de toutes les fonctions, allant de présidents d’organisation à de producteurs  ou à des techniciens.

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Sankara, président de la Coopérative Agricole du Passoré (CAP)

Un homme a vite attiré mon attention par sa discrétion. Peu d’entre eux parlaient anglais et se taisaient donc dans les séances anglaises, mais lui ne parlait pas beaucoup même dans les sessions en françaises.   Pourtant, son regard m’intriguait. Son silence, je le percevais comme un signe de timidité et de manque de confiance en soi. Je me disais qu’il se sentait peut-être mal à l’aise. Je ne le percevais pas comme un véritable leader africain. Je me dis qu’il devait être technicien et qu’il devait être gêné de parler devant les présidents d’union. Les jours de pré-conférence passèrent sans que je ne puisse lui parler ou en apprendre plus sur lui.

Puis la conférence débuta. On parlait évidemment des multiples enjeux auxquels étaient confrontés les producteurs et leurs unions. Lors d’un atelier, j’appris que certaines organisations paysannes fonctionnaient très bien et était en bonne position pour pouvoir un jour aspiré à l’autonomie financière. Un véritable exploit! On me parlait du président d’une de ses organisations paysannes, il s’appelait Sankara. Vous devinerez que cette personne taciturne et “timide” que j’avais rencontrée à la pré-conférence était justement Sankara!!

Dans les jours qui suivirent, j’ai eu l’occasion de voir Sankara à l’oeuvre dans plusieurs autres ateliers. Chaque mot qu’il prononça était pesé et réfléchi. J’ai découvert un homme vif d’esprit, intelligent et déterminé: un véritable leader. Que reste-t-il de ma première perception de Sankara?  Rien sinon que son regard m’intrigue toujours autant.

Que reste-t-il de ma perception de l’Afrique? Un continent entier et près d’un milliard de vies à réinterpréter!! Et vous?

Cet article a été publié dans Mes rencontres sur la route. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

6 commentaires pour Sankara de Yako

  1. Jacinthe dit :

    Ma perception? J’ai sans aucun doute une perception assez limitée..! Un immense continent à la fois riche et pauvre, des millions et des millions de personnes, des réalités différentes, une histoire qui m’est assez méconnue, et surtout des cultures que je connais si peu…

  2. Brahim dit :

    Très intéressant de constater ces différences culturelles. Étant Tunisien, Arabe et Africain vivant en Amérique du Nord (Montréal – Québec), je comprends mieux ces différences de perception. Je te dirais même que j’ai vécu la même chose que toi mais dans l’autre sens!

    En Afrique et dans le monde Arabe, la personne qui parle beaucoup n’est pas très crédible. Ce sont des cultures qui privilégient le calme, l’observation et la sagesse.
    « Ce qui est dans la parole est dans le silence ». Proverbe Africain
    « Si ce que tu as à dire n’est pas plus beau que le silence, alors tais-toi ». Proverbe Arabe
    Profite bien de ton séjour pour une totale immersion dans la culture locale.

    Brahim (collègue de Jacinthe)

    Assalamou Alaikom!

  3. Denise dit :

    Cher Bernard,

    C’est super et très apprécié de pouvoir te lire. Je serai une fidèle lectrice🙂.

    Déjà, dans ton article  » Sankara de Yako  » tu y décris l’essence même de la vie……….. la perception !

    Prends soin de toi

  4. nicoleblouin dit :

    Te lire est en soi est un bonheur. Que tu aies pu te rendre compte que cet homme ne disait rien dans ce groupe me démontre que tes yeux sont grands ouverts et que ton coeur est à l’écoute de tout ce qui est près de toi, tu ne manqueras rien. Maman qui t’envie. xxx

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